"Bonjour, Je viens faire mon petit tour sur le blog de CICLA 71 et une
question me taraude. Faut-il exiger le véritable nom des auteurs de commentaire
ou accepter les pseudos ? Magueuledange, c'est rigolo mais quelle est sa place
dans la construction de l'identité numérique ? Les copains, le prof savent de
qui il s'agit mais pour le lecteur lambda s'agit-il d'un collégien, d'un prof
facétieux ? Faut-il signer ses commentaires et se désigner es qualité ? Un bon
sujet de discussion ! non ?Jean-Paul Moiraud, Professeur à Lyon."
« Faut-il exiger le véritable nom des auteurs de
commentaire ou accepter les pseudonymes » ?
Aucune
obligation de ce type ne figure dans notre charte éditoriale. L’observation de
nombreux blogs montre que ce choix est extrêmement rare. Nous distinguerons
deux types de commentateurs : les élèves participant à ce projet et les
lecteurs extérieurs à notre établissement.
Notre équipe
de rédacteurs se compose de jeunes gens mineurs, que nous encourageons à signer
de leur seul prénom ou à l'aide d'un pseudonyme. Les écrits qui sont publiés
ici ont lieu dans un cadre scolaire et hiérarchique, qui limité la spontanéité
et qui nous impose pour d'évidentes raisons de prendre encore plus de
précautions pour apprendre à notre groupe à gérer les données personnelles
qu'il publie. C’est en cela que notre projet éditorial est spécifique et qu’il
oriente notre réponse.
Chaque élève
adopte, après concertation, la stratégie de son choix … en sachant qu’à tout moment, comme le veut la
loi, il peut demander la rectification ou la suppression des données le concernant figurant sur cet espace. Il
arrive que certains commentaires restent en attente, jusqu’à ce que professeur
et élèves aient pu échanger sur la pertinence de le publier et de le signer de
telle ou telle manière.
Ici,
certains élèves ont plusieurs identités. D’autres ne veulent pas signer leurs
articles, ni même utiliser un pseudonyme. Parce que prendre la parole sur un
blog pédagogique, c’est aussi engageant que lever la main en classe et dire :
« Eh ! Moi, je sais ! » . Nous respectons ce choix. Nous le questionnons. Voilà
pourquoi nos articles, écrits à plusieurs mains, sont signés systématiquement « Mme
Membrey et les élèves du cicla71 » ou portent, selon les cas, la mention
explicite de leur auteur.
Nous n'avons
pas toujours agi de la sorte. Cette attitude est le fruit de plusieurs années
d'observation et d'échanges au sein de notre groupe, y compris avec des élèves
l'ayant quitté depuis bien longtemps.
Les commentaires publiés par les élèves de notre groupe sont effectivement
connus et valorisés au sein de notre atelier.
« Les copains, le prof savent
de qui il s'agit mais pour le lecteur lambda s'agit-il d'un collégien, d'un
prof facétieux ? »
Il n’y a pas
de lecteur lambda. Nous n’aimons pas ce terme. Notre projet n’apprécie guère
les pitreries, lui qui fut taxé à de multiples reprises, comme non éducatif par
certaines âmes, qui, elles, en revanche, n’osèrent jamais laisser un commentaire
sur ce blog :-).
A vrai dire,
vous posez ici la question de la confiance. Et vous avez certainement raison. Qui
suis-je en train de lire ? Quelle pertinence a-t-il pour prendre la parole ?
Pour répondre à votre question, sans détours, voici comment nous procédons :
- Les
commentaires publiés sont validés par notre professeur, Mme Membrey
- Les
commentaires et/ou liens à caractère publicitaire ou problématique
ne sont pas publiés
- Nous
avons activé sur ce blog un formulaire type qui demande à celui qui laisse
un commentaire de bien vouloir communiquer son adresse électronique,
adresse électronique qui demeurera confidentielle ... mais qui nous permet
de faire le tri.
·
En cas de
doute sur un commentateur, la plate-forme de publication que nous utilisons
nous permet d'avoir accès aux adresses I.P et de bannir certains utilisateurs
... ce que nous n'avons eu à faire, en 5 ans, qu'une seule fois.
- Mme
Membrey signe ses commentaires de son nom parce qu’elle l’a décidé et
parce que ce travail engage sa responsabilité d’adulte et d’enseignante.
- Nous
vous demandons donc de nous faire confiance et d’accepter certains pseudonymes fantaisistes,
certes, mais qui ne nuisent en rien au sérieux et à la passion de notre
projet. Oui, sûrement, cela peut surprendre parfois. Et de ne pas oublier que ce blog s'adresse d'abord à nos élèves même s'il a rencontré un public plus large.
Votre question en pose à vrai dire de nombreuses
autres.
- ·
Un blog scolaire public doit-il
donner l’identité des jeunes mineurs qui l’écrivent ? C’est techniquement faisable mais
est-ce souhaitable ? L’exercice de la gestion des données personnelles, a
fortiori pour des mineurs, mérite la prudence. Ce sont les réflexions et écrits
de notre groupe de travail que nous souhaitons mettre en valeur … et non pas
tant les individus.
- ·
Donner son identité a-t-il un impact
sur l’acte pédagogique ? Oui ! Un élève qui signe un article ou un commentaire
prend confiance en lui, quelque soit l’identité prise par ce dernier. De même,
un élève qui reçoit un commentaire d’une personne extérieure à l’établissement est
souvent plus attentif à ce commentaire qu’à celui de son professeur, phénomène
plusieurs fois observé.
- ·
La compréhension de nos articles
sera-t-elle meilleure si l’on connaît l’identité explicite de chacun des élèves ?
Nous pensons que non.
- ·
Le sel d’un projet éditorial,
scolaire ou non, se trouve-t-il dans les
commentaires ? Les
commentaires apportent un éclairage, ils sont une récompense, un
enquiquinement, une grande joie, une peur … Ils sont … ou ils ne sont pas. Ils
sont attendus, ils sont surprenants. Ils sont une étape … Mais ils ne sont pas
à l’origine de notre projet … même s’ils
en font partie. Et c’est là toute la spécificité d’un blog pédagogique, qui, à
la différence d’autres blogs sur la Toile, ne saurait mesurer sur la Toile son
succès aux nombres de commentaires.
- ·
Pourquoi accepte-t-on ces signatures
différentes selon les élèves ? Nous les acceptons pour toutes les raisons énumérées ci-dessus mais
aussi parce que cette stratégie - qui n'est pas la seule bien sûr - nous satisfait à plusieurs titres :
- elle encourage les élèves à
oser écrire des commentaires, à engager le dialogue, à questionner, à
partager
- elle rassure notre
établissement
- elle permet de tisser
différents degrés de communication
- elle est négociée
- elle est rétro-active
- elle s’inscrit dans le temps
- elle ne prétend pas donner de
solution miracle en 200 « slides » et huit minutes mais
questionner les pratiques
- elle
constitue une étape dans l’apprentissage de la gestion des données
personnelles de chacun, étape cruciale à l’heure où ; fort jeune
encore, l’on se cherche et l’on se construit.
- elle prend
en compte les différentes formes d’expression et de communication sur la
Toile
- elle n’est jamais séparée d’une
éducation à la responsabilité
Notez que ceci est valable pour
notre projet pédagogique. L’observation d’espaces de publications scolaires en
ligne montre que les réponses sont multiples et différentes selon les
enseignants, les pédagogies, les projets et les groupes de travail.
Le blog
pédagogique : entre ambition et humilité, des exigences paradoxales … et
créatives
Présent sur Internet, il donne à
voir une partie de l’iceberg éducatif. Un iceberg dont il faut sans cesse
rappeler l’existence. Qu’il faut aussi souvent justifier, questionner et
améliorer. La plupart du temps auprès de confrères d’ailleurs. Eux-mêmes
souvent questionnés chaque jour dans leurs pratiques.
On oublie trop souvent, en le
lisant, que le blog n’est qu’un moment dans une pédagogie. Et qu’il y a tous
ces moments que l’on n’écrit pas J. Tous ceux où, par exemple, on
observe les publications personnelles des élèves et où on engage le débat sur la gestion des données personnelles. Des moments
sur lesquels justement, on n’écrira pas d’articles mais qui seront tout aussi
riches d’enseignements.
C’est dommage. Au début, on s’en
agace. Comme on s’agaçait lorsque, enseignant débutant, on se « heurtait »
à la classe récalcitrante. « Comment se peut-il qu’ILS ne voient pas ?
qu’Ils ne comprennent pas ? » On incrimine l’autre, on sent le poids
de son absence ou de son regard sur nos épaules.
Puis, au fil du temps, l’on devient plus
humble.
L’espace de la classe sur Internet
démultiplie les possibilités de rencontrer les curieux, les trublions, les
contestataires, les silencieux mais qui n’en pensent pas moins ;-), les
faussement timides, les amoureux discrets, les fâchés avec la terre entière, les
enthousiastes … et décuple l'impérieuse nécessité de se questionner aussi en tant qu'enseignant. Faut-il en avoir peur ?
A vrai dire, non. Etre présent sur
Internet, c’est accepter cette dualité, présente au cœur même de l’acte d’enseignement.
Cette tentation de la présence, ce désir d’exhaustivité, cette certitude qu’elle
est impossible. Cette urgence de l’attente, chez soi, chez son lecteur. Cette incapacité
à la satisfaire. Cette tension qui fait que l’on arrête tout … que l’on se
fâche, que l’on guette, que l’on revient ! Pour mieux écrire. Pour mieux
lire. Pour apprendre. Porté par ce petit bonheur fragile du plaisir de partager, cette cruauté parfois d’être lu, cette compréhension instinctive qu’il faut
progresser encore, que rien n’est gagné, que finalement, tout est à refaire …
Jean-Paul … Merci pour votre question ! OUI, merci mille fois !
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